Ce format de réunion est le seul espace de discussion officiel entre les militaires congolais et rwandais.
En RDC, il ya au total plus de 260 groupes armés qui inquiètent les forces régionales de l’EAC alors que ces dernières deviennent de plus en plus une force d’occupation à l’est de la RDC.
La plupart des groupes armés se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et du Tanganyika où opèrent 252 groupes armés.
Le Tanganyika compte 19 groupes armés, le Maniema compte 20 groupes armés, le Sud-Kivu compte 136 groupes, le Nord-Kivu compte 64 groupes et l’Ituri compte 20 groupes.
Ils sont au total 252 groupes armés Congolais et 14 autres étrangers.
Manque de synergie entre les réponses militaire et politique à la crise du M23
Lors d’une réunion confidentielle, la force régionale de l’East African Community (EAC) s’est inquiétée du manque de synergie entre les réponses militaire et politique à la crise du M23. En coulisses, Kinshasa a tenté d’établir des canaux de communication avec les rebelles, note Africa Intelligence .
L’épisode des affrontements de ces derniers jours entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par des groupes armés supplétifs, et les rebelles du M23,
ravive les craintes d’une nouvelle flambée de violence dans l’est congolais, où s’est déployée la force régionale de l’East African Community (EAC) composée de contingents kenyans, sud-soudanais, burundais et ougandais.
Des combats se sont déroulés notamment dans la zone autour de Kibumba (province du Nord-Kivu).
Cette nouvelle mise à l’épreuve du cessez-le-feu décrété le 7 mars met à mal la stratégie militaire de l’organisation régionale, qui consiste à s’interposer entre les belligérants et s’assurer du retrait effectif du M23 des zones qu’il occupe. Lors d’une réunion tenue à huis clos, le 22 mars dernier, à Bujumbura, les plus hauts responsables des services de renseignement militaire de l’organisation ont énuméré une série de problèmes et d’obstacles au bon déroulement de leurs opérations.
Le compte rendu « confidentiel » de la réunion de Bujumbura
Africa Intelligence a eu accès au compte rendu confidentiel de cette réunion – la 6e de ce genre depuis la mise sur pied de la force régionale, menée par le chef du renseignement militaire burundais, Silas Pacifique Nsaguye. Etaient présents ses homologues de RDC, Christian Okura Ndaywel, et du Rwanda, Vincent Nyakarundi, le chef adjoint du renseignement militaire ougandais, Abdul Rugumayo, le directeur de l’analyse de l’armée du Soudan du Sud, Kuai Deng Kuai, le chef des opérations de la Tanzania People’s Defence Force (TPDF), Charles James Ndiege, et celui de l’armée kenyane, Ngugi Muhindi.
L’arrivée tardive sur le terrain des troupes burundaises et kenyanes a été soulignée, sur fond de craintes de voir d’autres groupes armés « profiter du déploiement partiel des contingents de l’EAC pour occuper des collines de Muremure et Nenero situées dans le territoire de Masisi, ainsi que d’autres zones abandonnées par le M23 ». A cela s’ajoute la détérioration du soutien de la population à la force régionale, qui inquiète les chefs militaires.
Cette situation intervient alors que le processus de Nairobi, du nom de ces pourparlers dans la capitale kenyane entre Kinshasa et les représentants de groupes armés, semble avancer avec difficulté. Initialement prévue courant avril, la 4e édition de ces rencontres devrait finalement avoir lieu au mieux en mai.
De quoi inquiéter les chefs militaires de l’EAC, qui déplorent dans leur compte rendu un manque de synergie entre les volets militaire et politique de l’opération. « Ce qui a une incidence sur la réalisation globale des objectifs », ajoutent-ils.
Autre difficulté mise en exergue par les chefs militaires de l’EAC : le rôle dévolu au Rwanda, dont les représentants au sein du quartier général de la force régionale à Goma (notamment pour le renseignement, la planification et les systèmes d’information), ainsi qu’au sein du mécanisme, ont été chassés sur ordre de Kinshasa. La présidence de Félix Tshisekedi et les responsables militaires refusent que des officiers supérieurs rwandais y soient associés.
La RDC continue d’accuser ouvertement son voisin d’être responsable de la crise, en raison de son soutien aux rebelles du M23. Les relations diplomatiques restent rompues et ce format de réunion est le seul espace de discussion entre le major général Ndaywel et son homologue rwandais, Nyakarundi.
Coco Kabwika avec Africa Intelligence